Mission 300 : l’Afrique engage une offensive majeure pour l’accès universel à l’électricité
En marge des Market Days 2025 de l’Africa Investment Forum, le Groupe de la Banque mondiale et la Banque africaine de développement, appuyés par la Fondation Rockefeller, l’Alliance mondiale pour l’énergie au service des populations et de la planète et l’initiative Sustainable Energy for All, ont lancé la première « Journée Mission 300 ». Une étape décisive pour accélérer l’accès à l’électricité en Afrique et mobiliser les investissements nécessaires à la réalisation d’un objectif stratégique : fournir une énergie fiable et abordable à 300 millions de personnes supplémentaires d’ici 2030.
L’événement, organisé à Rabat, a mis en avant les Pactes nationaux pour l’énergie élaborés par 29 pays africains et conçus comme des engagements assortis de calendriers précis pour élargir l’accès à l’électricité, renforcer les services publics nationaux et attirer les capitaux privés. Ministres, investisseurs, institutions financières internationales et acteurs du secteur privé se sont réunis pour examiner les feuilles de route de mise en œuvre, suivre l’avancement des réformes réglementaires et renforcer le dialogue stratégique entre gouvernements et financiers.
Cette première Journée Mission 300 a permis aux ministres des Comores, de la Guinée, de la Gambie et du Lesotho de présenter publiquement leurs stratégies nationales, leurs échéances et leurs priorités en matière de transformation du secteur électrique. En engageant un échange direct avec les principaux investisseurs et partenaires au développement, les représentants gouvernementaux ont souligné la nécessité d’adapter les cadres réglementaires et de créer des conditions favorables à l’investissement, notamment pour faciliter la participation accrue du secteur privé dans la production, la transmission et la distribution d’électricité.
L’Africa Investment Forum, lancé en 2018, a déjà mobilisé plus de 225 milliards de dollars d’intérêts d’investissement dans des secteurs alignés sur les Objectifs de développement durable, l’Agenda 2063 de l’Union africaine et les priorités de la Banque africaine de développement. À Rabat, les partenaires de Mission 300 ont profité de la dynamique de l’AIF pour faire converger leurs efforts en vue d’un déploiement massif de solutions énergétiques sur l’ensemble du continent.
Pour Erik Fernstrom, directeur régional des infrastructures pour l’Afrique de l’Est et australe au sein de la Banque mondiale, Mission 300 est la preuve que « l’Afrique est ouverte aux affaires ». Il estime que les réformes en cours, combinées à des projets bancables prêts à être financés, « créent de réelles opportunités pour les capitaux privés », avant de rappeler que l’accès à l’énergie constitue bien plus qu’une infrastructure : « il s’agit de créer des emplois, de stimuler la croissance économique et d’offrir à des millions de personnes la possibilité de bâtir une vie meilleure ».
Kevin Kariuki, vice-président de la Banque africaine de développement chargé de l’Électricité, de l’Énergie, du Climat et de la Croissance verte, prévoit de son côté des investissements « massifs et rapides » dans la production, la transmission, la distribution et la connectivité du dernier kilomètre. Selon lui, ces efforts, associés aux réformes indispensables, garantiront des tarifs abordables, renforceront la viabilité financière des services publics et attireront davantage d’investissements privés. Il souligne que la BAD s’engage à « dérisquer les investissements et à mobiliser les capitaux institutionnels pour que Mission 300 génère non seulement de l’électricité, mais aussi des millions d’emplois et des industries dynamiques ».
Pour Carol Koech, vice-présidente pour l’Afrique de l’Alliance mondiale pour l’énergie, Mission 300 impose une rupture technologique : « Nous ne pouvons pas construire le réseau électrique de demain avec les outils du passé ». Elle rappelle que son organisation apporte un appui technique, développe des projets bancables et mobilise des capitaux catalyseurs pour accélérer le déploiement des énergies renouvelables distribuées et d’autres solutions innovantes destinées aux communautés peu desservies.
La dimension financière occupe également une place centrale dans cette initiative continentale. Damilola Ogunbiyi, directrice générale de Sustainable Energy for All et représentante spéciale du secrétaire général des Nations unies, souligne que Mission 300 favorise « une transition énergétique attractive pour les investisseurs ». Elle met en avant la conception de nouveaux instruments financiers capables d’élargir la participation du secteur privé, notamment à travers des plateformes en monnaie locale, ouvrant la voie à un futur mécanisme panafricain destiné à mobiliser des capitaux supplémentaires pour les développeurs.
Pour William Asiko, vice-président principal de la Fondation Rockefeller, Mission 300 est l’un des projets « les plus ambitieux de notre époque », et les échanges observés lors de l’AIF 2025 confirment selon lui une dynamique solide : « les gouvernements sont en première ligne, les partenaires s’alignent stratégiquement et un pipeline crédible émerge ». Il estime que si la philanthropie joue un rôle d’impulsion, ce sont les partenariats structurants qui permettront d’obtenir des résultats tangibles et d’apporter une énergie propre et fiable à des centaines de millions d’Africains.
Avec la Journée Mission 300, l’Afrique franchit ainsi un nouveau cap dans son ambition de garantir un accès universel à l’électricité. En misant sur la coordination continentale, l’innovation, la mobilisation des capitaux privés et l’engagement des États, les partenaires espèrent transformer une vision stratégique en réalité concrète pour 300 millions de citoyens d’ici la fin de la décennie.
Rachid Mahmoudi